Le Zohar Quotidien # 5079 – Michpatim – Yehuda, Toi, Tes Frères te Loueront




Daily Zohar 5079

Holy Zohar text. Daily Zohar -5079

184. דָ »ה, לָמָּה דָ »ה? אֶלָּא ד’ בְּהִדָּבְקוּת שֶׁל רַע עִמָּהּ הִיא דָלֶ »ת, הִיא עֲנִיָּה, וּצְרִיכָה לָשׁוּב בְּגִלְגּוּל לְבַעֵר אֶת אוֹתוֹ הָרָע וּלְהִתְבַּלּוֹת בֶּעָפָר, וְאַחַר לִצְמֹחַ בַּצַּד הַטּוֹב וְלָצֵאת מֵעֹנִי לְעֹשֶׁר, וְאָז ה’. וְעַל זֶה יְה »וּ דָ »ה.
185. צֵא זָקֵן מִתּוֹךְ הַתְּהוֹמוֹת, אַל תִּפְחַד, כַּמָּה סְפִינוֹת מְזֻמָּנוֹת לְךָ בְּשָׁעָה שֶׁתָּשׁוּט בַּיָּם כְּדֵי לָנוּחַ בָּהֶן. בָּכָה כְּמוֹ מִקֹּדֶם וְאָמַר, רִבּוֹן הָעוֹלָם, אוּלַי יֹאמְרוּ הַמַּחֲנוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁאֲנִי זָקֵן וּבוֹכֶה כְּתִינוֹק. גָּלוּי לְפָנֶיךָ שֶׁעַל כְּבוֹדְךָ אֲנִי עוֹשֶׂה, וְלֹא עָשִׂיתִי לִכְבוֹדִי, שֶׁהֲרֵי בַּתְּחִלָּה הָיָה לִי לְהִשָּׁמֵר שֶׁלֹּא אֶכָּנֵס לַיָּם הַגָּדוֹל, וְעַכְשָׁו כֵּיוָן שֶׁאֲנִי בּוֹ, יֵשׁ לִי לְשׁוֹטֵט בְּכָל הַצְּדָדִים וְלָצֵאת מִמֶּנּוּ.
186. יְהוּדָה אַתָּה יוֹדוּךָ אַחֶיךָ, (כֻּלָּם מוֹדִים עַל הַשֵּׁם הַזֶּה) הַיְנוּ מַה שֶּׁאָנוּ אוֹמְרִים בָּרוּךְ אַתָּה, הוּא בָּרוּךְ וְהִיא אַתָּה. לְכָל בָּנָיו לֹא אָמַר יַעֲקֹב אַתָּה, אֶלָּא לְמָקוֹם שֶׁהִצְטָרֵךְ. זֶהוּ אַתָּה.

Commentaire de Zion Nefesh:
Traduction par Philippe LombardZohar Michpatim
Suite du ZQ 5078

#184

Il demande : La Noukva est évoquée dans les lettres ד”ה — pourquoi ד”ה ?

Il répond : En réalité, ד’ est appelée la Noukva au moment où le mal s’attache à elle — c’est-à-dire au moment où elle se trouve uniquement dans l’aspect du côté Gauche et où elle s’accroche derrière l’aspect masculin.

Elle est דל”ת, ce qui signifie qu’elle est pauvre (דלות), et elle doit revenir par le Gilgul – les réincarnations depuis Yehuda jusqu’au roi David – pour éradiquer ce mal, se vautrer dans la poussière, puis renaître du côté du bien, autrement dit à travers la reconstruction d’Aba et d’Ima, dans le secret du verset « וַיִּבֶן יְהוָה אֱלֹהִים אֶת הַצֵּלָע » « Et YHVH Dieu façonna la côte », etc. (Genèse 2:22) [ וַיִּ֩בֶן֩ יְהֹוָ֨ה אֱלֹהִ֧ים ׀ אֶֽת־הַצֵּלָ֛ע אֲשֶׁר־לָקַ֥ח מִן־הָֽאָדָ֖ם לְאִשָּׁ֑ה וַיְבִאֶ֖הָ אֶל־הָֽאָדָֽם
] [ Et le Dieu Éternel façonna la partie qui avait été prélevée de l’homme pour en faire une femme qu’il fit venir vers l’homme ], et à sortir de la pauvreté pour accéder à la richesse. C’est alors qu’elle est appelée ה’.

Par conséquent, Yehuda correspond aux lettres יה”ו ד”ה – où יה”ו sont Hessed-Gebourah-Tiféret de l’aspect masculin, ד’ ה’ sont la Noukva dans ses deux états mentionnés ci-dessus, qui s’unissent à l’aspect masculin.

Notes :
Le Zohar explique que le profond symbolisme des lettres « ד » et « ה » (les deux dernières lettres du nom « יהוה ») représente la Nukva/Malkhout dans ses états dualistes et évolutifs.

Lorsque Malkhout est appelée « Dalet », elle incarne la pauvreté et la contrainte. Elle n’est attachée qu’au côté Gauche (Gebourah/le Jugement) et s’accroche « derrière » l’aspect masculin (Zeir Anpin) dans une union incomplète, de dos à dos, avec des résidus du mal s’accrochant encore à elle.

Cet état nécessite une rectification par le biais du Gilgul, un processus impliquant une série de réincarnations commençant avec Yehuda et culminant avec David ha-Melech. Le but de ce processus est de purifier et d’éradiquer ce mélange maléfique. Cela amène Malkhout à « se vautrer dans la poussière » (humiliation et descente) avant de renaître du côté du bien.

Ce processus implique la reconstruction d’Aba (Hockmah) et Ima (Binah) — les Parents Célestes — afin d’élever et de reconstruire Malkhout, comme le suggère « וַיִּבֶן יְהוָה אֱלֹהִים אֶת הַצֵּלָע אֲשֶׁר-לָקַח מִן-הָאָדָם לְאִשָּׁה » « Et le Seigneur Dieu façonna la côte qu’Il avait prise à l’homme pour en faire une femme » (Genèse 2:22). Grâce à cette « construction » Divine, Malkhout passe de la pauvreté (Dalet) à la richesse et à l’accomplissement. À ce stade, elle est appelée « un hei plein» – l’aspect révélé, fertile, face à face, capable d’une véritable union avec Malkhout.

Yehuda lui-même encode toute cette dynamique יה”ו: (les trois lettres supérieures Hessed-Gebourah-Tiféret de l’aspect masculin/Zeir Anpin) jointe à יה”ו (à la Nukva dans ses deux phases (le Dalet ד’ appauvri et le hei ה’ rectifié : ד”ה). Ainsi, Le nom Yehuda contient ainsi le secret du parcours de réparation de la Malkhout — de l’attachement au mal et à l’état d’« arrière » (Achorayim), à travers des générations de purification et de reconstruction, jusqu’à l’alignement complet avec l’aspect masculin et la manifestation de la Souveraineté Divine dans le monde.

Cela souligne que la véritable élévation de Malkhout ne survient qu’après un nettoyage en profondeur, l’humilité et une reconstruction Céleste au fil du temps.

#185

Il se dit alors : « Sors des profondeurs, vieillard — n’aie pas peur. Combien de navires sont prêts pour toi à l’heure où tu navigues sur la mer, afin que tu puisses te reposer en eux. »

Il pleura comme au début et dit : « Maître du monde, peut-être les camps des êtres célestes diront-ils que je suis un vieillard et que je pleure comme un enfant. Il est révélé devant Toi que je fais cela en Ton honneur, et non pour mon propre honneur. En effet, au commencement, il m’incombait de ne pas entrer dans la Grande Mer, mais il me faut désormais sonder toutes ses faces et en émerger.

Notes :
Ce passage prolonge l’introspection profondément personnelle et symbolique du « vieil homme » — le sage ayant plongé dans les mystères de la Torah et de la Kabbale. Les « abîmes » (תהומות, Tehomot) et la « Grande Mer » (Yam ha-Gadol) figurent les profondeurs sans mesure de la Sagesse Divine –Hokhmah –ainsi que les secrets célestes où l’intellect risque de se dissoudre ou de se perdre.

Le vieil homme reçoit alors un encouragement intérieur à s’élever sans crainte de ces profondeurs. Les « navires » symbolisent les réceptacles protecteurs — structures d’enseignement, cadres spirituels, ou manifestations des Miséricordes divines — qui soutiennent l’âme dans la traversée et lui offrent des haltes au cœur même du péril.

Pourtant, il pleure de nouveau. Ses larmes expriment non une faiblesse, mais la conscience aiguë de sa vulnérabilité face à l’immensité qu’il affronte. Elles procèdent d’un zèle pour le kavod Shamayim, non d’un souci de soi. Sa prudence initiale devant la Grande Mer était justifiée ; mais une fois engagé dans les profondeurs, nul retour n’est possible..

Il ne reste qu’une voie : l’engagement actif. Naviguer en tous sens, explorer et intégrer chaque dimension du mystère, jusqu’à en ressortir transformé et élevé.

Le Zohar enseigne ici un principe fondamental de la voie mystique : pénétrer les secrets les plus intimes requiert une irréversibilité. Ce qui se présente d’abord comme un péril inhérent devient une nécessité à traverser entièrement — dans l’humilité, le courage et un dévouement exclusif à la Gloire divine plutôt qu’au prestige personnel. Les larmes témoignent d’une crainte authentique et d’une responsabilité véritable. C’est précisément par cette tension intérieure et cette ascension que le sage accomplit son Tikkoun et revient au monde porteur de fécondité.

#186

« Yehuda, tes frères te loueront » (Genèse 49:8) [ יְהוּדָ֗ה אַתָּה֙ יוֹד֣וּךָ אַחֶ֔יךָ יָדְךָ֖ בְּעֹ֣רֶף אֹיְבֶ֑יךָ יִשְׁתַּחֲו֥וּ לְךָ֖ בְּנֵ֥י אָבִֽיךָ ] [ voir plus bas]— c’est ce que nous disons : « Béni sois-Tu » — Il est béni lorsque Yésod de Zeir Anpin déverse les Hassadim à Malkhout ; alors Il est appelé « béni, ברוך » et elle est appelée « Toi, אתה ». Et Malkhout est appelée « Toi ». Car le nom « Toi » (Atah) fait allusion aux Hassadim, dans le secret du verset « אַתָּה כֹהֵן » « Tu es prêtre » (Psaumes 110:4) [ נִשְׁבַּ֤ע יְהֹוָ֨ה ׀ וְלֹ֥א יִנָּחֵ֗ם אַתָּֽה־כֹהֵ֥ן לְעוֹלָ֑ם עַל־דִּ֝בְרָתִ֗י מַלְכִּי־צֶֽדֶק ] [ Dieu a juré et ne reviendra pas sur sa parole : « Tu es prêtre pour toujours, roi légitime par Mon Décret. ], comme expliqué précédemment.

À tous les autres fils, Yaakov ne dit pas « Toi », mais seulement à l’endroit qui l’exige. Car Malkhout procède du côté Gauche, où Hockmah resplendit sans les Hassadim, et elle requiert le nom « Toi », qui est les Hassadim, afin de revêtir Hockmah en elle et l’y envelopper. Car sans les Hassadim, Hockmah ne rayonne pas, et subsiste dans le secret de l’obscurité. C’est pourquoi lui dit : « Yehuda, Toi ».

Notes :

Le Zohar dévoile la signification kabbalistique profonde contenue dans la bénédiction de Yaakov à Yehuda :
«יהודה אתה יודוך אחיך» Yehuda, toi, tes frères te loueront » (Genèse 49 : 8) [ יְהוּדָ֗ה אַתָּה֙ יוֹד֣וּךָ אַחֶ֔יךָ יָדְךָ֖ בְּעֹ֣רֶף אֹיְבֶ֑יךָ יִשְׁתַּחֲו֥וּ לְךָ֖ בְּנֵ֥י אָבִֽיךָ ] [ Toi, ô Juda, tes frères te loueront ; Ta main sera sur la nuque de tes ennemis ; Les fils de ton père se prosterneront devant toi. ], en mettant l’accent sur le mot » « אתה » « (Toi.)

Ce « אתה » n’est pas une simple interpellation : il constitue un Nom Divin, désignant l’effusion des Hassadim depuis le Yésod de Zeir Anpin – le canal de transmission – vers Malkhout. Lorsque cette effusion s’opère, Zeir Anpin est appelé « ברוך » (« béni »), en tant que source dispensatrice de bénédiction, tandis que Malkhout est appelée « אתה » (« Toi »), réceptacle qui reçoit et manifeste la bénédiction.

La formule liturgique « ברוך אתה » (« Béni es-Tu ») encode ainsi cette union : l’aspect masculin est qualifié de « béni » dans l’acte de donner, et l’aspect féminin – Malkhout – est désigné comme « Toi », le réceptacle par lequel la Présence Divine se rend effective dans les mondes inférieurs.

Yehuda, en tant que racine de Malkhout, reçoit de manière singulière cette désignation « אתה », car Malkhout procède du côté Gauche (Gébourah), où la Hokhmah Céleste resplendit à l’état pur, sans l’enveloppement des Hassadim. Dans cette condition, Hokhmah demeure voilée, comparable à une lumière potentielle qui reste dans l’obscurité faute de revêtement. Ce n’est que lorsqu’elle est vêtue des Hassadim — le « אתה » — que Hokhmah peut se révéler et illuminer.

Yaakov réserve donc le terme « אתה » exclusivement à Yehuda/Malkhout, lieu précis qui requiert cette infusion de Hessed afin d’achever sa rectification : transformer la sagesse en puissance en révélation effective et permettre à Malkhout de rayonner.

Il en ressort que la véritable souveraineté et la Manifestation Divine dans les mondes inférieurs dépendent de l’harmonisation de Hokhmah (le côté Gauche, la rigueur) et de Hessed (le côté droit, l’expansion), réalisée par le canal de Yésod et incarnée dans la tribu de Yehuda.